Découvrez les sept chantiers qui façonnent notre engagement
Quarante ans de combats, de mobilisations et de transformations
Le parcours de l’ADFM témoigne d’une conception du féminisme comme projet de transformation sociale et démocratique. L’Association ne se limite pas à accompagner les changements : elle cherche à les anticiper, à les documenter, à les porter dans l’espace public et à créer les conditions permettant leur inscription durable dans les lois et les politiques publiques.
À travers ses mémorandums, études, campagnes, actions de plaidoyer, espaces de mobilisation, programmes de renforcement des capacités et partenariats, l’ADFM a progressivement construit une expertise reconnue sur les enjeux liés à l’égalité de genre.
Les sept chantiers présentés ici retracent cette histoire et donnent à voir la continuité d’un engagement : faire de l’égalité un principe effectif, et non une simple déclaration de principe.
- Réformer les lois pour construire l’égalité
Quand le droit devient un levier de transformation
À la création de l’ADFM en 1985, de nombreuses dispositions du droit marocain consacraient des différences de traitement entre les femmes et les hommes. Le droit de la famille, le droit pénal, le droit de la nationalité, le droit du travail et d’autres cadres juridiques portaient encore les traces d’une conception profondément inégalitaire des rapports entre les sexes.
Pour l’ADFM, la réforme juridique constitue dès lors un enjeu central de la lutte pour l’égalité. Modifier une loi, supprimer une discrimination ou introduire une garantie nouvelle ne représente pas seulement une évolution technique : c’est agir sur les rapports de pouvoir qui structurent la société.
Une expertise au service du plaidoyer
Depuis quatre décennies, l’ADFM développe une expertise juridique et féministe destinée à alimenter le débat public et à formuler des alternatives.
L’Association élabore des mémorandums, réalise des analyses et études, documente les discriminations et formule des propositions concrètes de réforme. Elle engage également un dialogue avec les pouvoirs publics, les parlementaires, les partis politiques, les institutions nationales et les différents acteurs concernés.
Cette démarche repose sur une exigence : faire évoluer le droit vers une égalité effective entre les femmes et les hommes et garantir la cohérence de l’ensemble du cadre législatif avec les principes constitutionnels et les engagements internationaux du Maroc.
Des combats qui ont marqué l’histoire de l’ADFM
Parmi les principaux combats portés par l’Association figurent notamment :
- La réforme du Code de la famille (CF) et de la Moudawana, à travers plusieurs générations de plaidoyer et de mobilisation ;
- Le Contrat pour l’Égalité, porté comme une vision globale de transformation des rapports entre les femmes et les hommes ;
- La réforme du Code pénal (CP) et la remise en cause des dispositions discriminatoires ;
- La réforme du Code de la nationalité, notamment autour de la transmission de la nationalité par les femmes marocaines ;
- La défense des droits des femmes dans le Code du travail, en faveur de l’égalité et de la protection contre les discriminations ;
- Les propositions relatives aux droits successoraux et à l’égalité dans le droit familial ;
- Les contributions aux débats constitutionnels et aux réformes institutionnelles.
Une dynamique qui se poursuit
L’enjeu aujourd’hui n’est plus uniquement d’obtenir des réformes, mais de veiller à leur cohérence, leur effectivité et leur mise en œuvre.
L’ADFM poursuit ainsi son plaidoyer pour un cadre juridique débarrassé de toutes les formes de discrimination et pour une harmonisation effective de la législation marocaine avec les principes d’égalité et les engagements internationaux en matière de droits humains.
- Combattre les violences basées sur le genre
Faire des violences faites aux femmes une question de droits et de justice
Les violences basées sur le genre ne constituent pas des faits isolés. Elles sont l’expression de rapports de pouvoir inégaux et de mécanismes sociaux qui perpétuent la domination et la discrimination.
L’ADFM a contribué, depuis plusieurs décennies, à faire évoluer la manière dont ces violences sont perçues et prises en charge dans l’espace public. Les violences faites aux femmes doivent être considérées comme une question de droits humains, de justice et d’égalité.
Agir sur les causes et renforcer les réponses
L’action de l’ADFM combine prévention, plaidoyer, accompagnement, documentation et sensibilisation.
L’Association a développé des dispositifs d’écoute et d’orientation, contribué à documenter les violences et participé aux débats autour de l’évolution du cadre juridique et institutionnel.
Elle a également accompagné l’évolution des formes de violence, notamment avec l’émergence des violences basées sur le genre facilitées par les technologies, qui nécessitent aujourd’hui de nouvelles réponses juridiques, institutionnelles et sociales.
Des actions structurantes
- Centres et dispositifs d’écoute et d’accompagnement ;
- ANARUZ et les mécanismes de veille et de documentation ;
- Plaidoyer autour de la loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes ;
- Campagnes nationales de prévention et de sensibilisation ;
- Travaux sur les violences numériques et les VBG facilitées par les technologies ;
- Production de données, études et outils destinés aux actrices et acteurs concernés.
Le combat continue
L’ADFM défend une approche globale de lutte contre les violences : prévention, protection, accès à la justice, prise en charge, responsabilisation des institutions et transformation des normes sociales qui légitiment ou banalisent les violences.
- Défendre les droits socio-économiques et l’autonomie des femmes
L’égalité ne peut exister sans autonomie
L’accès aux ressources constitue une condition essentielle de l’autonomie et de la liberté des femmes.
Être juridiquement égale ne suffit pas lorsque l’on reste privée d’un accès équitable au travail, aux revenus, à la protection sociale, à la propriété, aux ressources naturelles ou aux moyens de production.
C’est pourquoi l’ADFM inscrit les droits économiques et sociaux au cœur de son approche de l’égalité.
Les femmes et l’accès aux ressources
L’Association porte une attention particulière aux mécanismes qui produisent ou renforcent les inégalités économiques et sociales.
Parmi ces enjeux figure la question des terres collectives et des droits des femmes soulaliyates. Le combat pour les femmes soulaliyates illustre la nécessité de considérer l’égalité non seulement dans les textes, mais aussi dans l’accès concret aux ressources et aux opportunités.
Des priorités d’action
L’ADFM agit notamment pour :
- renforcer l’accès des femmes aux ressources économiques ;
- défendre leurs droits fonciers et patrimoniaux ;
- promouvoir leur autonomie économique et sociale ;
- lutter contre les discriminations dans l’accès au travail et aux droits sociaux ;
- faire reconnaître les inégalités structurelles qui limitent le pouvoir économique des femmes ;
- porter les droits des femmes soulaliyates dans les espaces de débat et de décision.
Une vision globale de l’autonomie
Pour l’ADFM, l’autonomisation ne peut être réduite à l’entrepreneuriat ou à l’accès à l’emploi. Elle implique la capacité réelle des femmes à disposer de leurs ressources, à prendre des décisions, à exercer leurs droits et à participer pleinement à la vie économique et sociale.
- Faire de la participation politique des femmes une réalité
De la représentation à l’exercice du pouvoir
La démocratie ne peut être pleinement réalisée lorsque les femmes restent minoritaires dans les espaces où se prennent les décisions qui déterminent leur vie et celle de la société.
Depuis plusieurs décennies, l’ADFM agit pour renforcer la citoyenneté, la participation politique et le leadership des femmes.
L’objectif ne consiste pas uniquement à augmenter le nombre de femmes présentes dans les institutions. Il s’agit également de garantir leur capacité réelle à influencer les décisions, à porter leurs propres agendas et à participer à la définition des politiques publiques.
Renforcer le pouvoir d’agir
L’ADFM développe des actions de plaidoyer, de mobilisation et de renforcement des capacités visant notamment à :
- promouvoir une représentation égalitaire des femmes ;
- renforcer leur présence dans les espaces de décision ;
- développer leur leadership ;
- favoriser la participation citoyenne des femmes ;
- accompagner l’émergence de nouvelles générations de femmes engagées ;
- agir contre les obstacles institutionnels, sociaux et culturels à leur participation.
Un enjeu démocratique
La participation politique des femmes est ainsi envisagée comme une condition de la démocratie et de l’égalité, mais aussi comme un moyen de faire entrer dans l’agenda public des enjeux longtemps marginalisés.
- Transformer les politiques publiques et les budgets
Faire passer l’égalité des engagements aux ressources
Une politique publique ne peut être considérée comme égalitaire simplement parce qu’elle affirme l’égalité comme principe.
Il est nécessaire d’interroger ses effets réels sur les femmes et les hommes, d’identifier les écarts persistants et de s’assurer que les ressources publiques contribuent effectivement à réduire les inégalités.
C’est dans cette perspective que l’ADFM s’est engagée dans le développement et la promotion de la budgétisation sensible au genre.
La budgétisation sensible au genre comme outil de transformation
L’Association a développé des analyses et des outils permettant d’examiner les politiques et les budgets publics à partir d’une perspective de genre.
Cette approche vise à faire de l’égalité une dimension intégrée à l’ensemble du cycle de l’action publique : conception, programmation, allocation des ressources, mise en œuvre, suivi et évaluation.
Produire de l’expertise pour agir
L’ADFM contribue ainsi à :
- analyser les politiques publiques à partir de leurs impacts différenciés ;
- promouvoir l’intégration du genre dans les budgets publics ;
- développer des outils et méthodologies d’analyse ;
- renforcer les capacités des acteurs institutionnels et associatifs ;
- suivre les engagements nationaux et internationaux du Maroc ;
- promouvoir davantage de transparence, de redevabilité et d’efficacité des politiques publiques.
L’enjeu aujourd’hui
L’objectif est de faire en sorte que les engagements en faveur de l’égalité soient accompagnés de politiques, de ressources et de mécanismes de suivi permettant d’en mesurer les effets réels.
- Transformer les normes sociales, les représentations et les imaginaires
Changer les lois, mais aussi changer les regards
L’expérience de l’ADFM montre qu’aucune réforme juridique ne peut produire tous ses effets si les normes sociales et les représentations qui entretiennent les inégalités restent inchangées.
Les stéréotypes de genre, les représentations des rôles féminins et masculins, les normes culturelles et les récits dominants participent à la reproduction des discriminations.
La transformation sociale passe donc aussi par la capacité à changer les imaginaires.
La communication comme outil féministe
L’ADFM utilise la communication, la culture, l’art et les médias comme des espaces de sensibilisation mais aussi comme des outils de transformation politique et sociale.
Campagnes, productions audiovisuelles, documentaires, podcasts, contenus numériques, événements culturels, expositions et outils pédagogiques permettent de porter autrement les messages liés à l’égalité.
Quelques initiatives
- Campagnes nationales de communication ;
- Productions audiovisuelles et documentaires ;
- Podcasts et contenus numériques ;
- Expositions et événements culturels ;
- Outils pédagogiques ;
- Programmes et initiatives destinés aux jeunes générations ;
- Travail sur les représentations et les stéréotypes de genre.
De nouveaux espaces de mobilisation
Aujourd’hui, cette action s’étend aux réseaux sociaux, aux plateformes numériques et aux nouveaux espaces de création.
L’ADFM investit ces espaces pour toucher de nouveaux publics, notamment les jeunes, mais également pour répondre aux nouvelles formes de discours antiféministes, de désinformation et de violences facilitées par les technologies.
- Produire des connaissances, mobiliser et construire des alliances
Faire de l’expertise un outil de changement
Depuis sa création, l’ADFM considère la production de connaissances comme une composante essentielle de son action.
Documenter les inégalités, produire des données, analyser les politiques publiques et rendre visibles les réalités vécues par les femmes permet de mieux comprendre les mécanismes de discrimination et de construire des réponses adaptées.
Études, recherches, rapports, mémorandums, enquêtes, outils pédagogiques et dispositifs de veille constituent ainsi autant de ressources au service du plaidoyer et de la mobilisation.
Construire une force collective
Aucune transformation structurelle ne peut être portée par une organisation seule.
L’ADFM travaille avec les organisations féministes et de défense des droits humains, la société civile, les universités, les médias, les institutions publiques, les collectivités territoriales, les agences des Nations Unies, les partenaires techniques et financiers et les réseaux féministes régionaux et internationaux.
Cette dynamique permet de mettre en commun les expertises, renforcer les mobilisations, construire des stratégies collectives et porter les revendications féministes dans différents espaces de décision.
Un engagement aux différentes échelles
L’action de l’ADFM s’inscrit à la fois dans les territoires, au niveau national et dans les espaces régionaux et internationaux.
L’Association participe aux mécanismes internationaux de suivi des droits des femmes, contribue aux débats régionaux et internationaux et porte les réalités et revendications des femmes marocaines dans différents espaces de plaidoyer.
Une dynamique en mouvement
Face aux transformations de la société, l’ADFM continue de renouveler ses méthodes et ses alliances. Les enjeux démocratiques, économiques, sociaux, environnementaux et numériques ouvrent de nouveaux champs de mobilisation et appellent de nouvelles réponses féministes.
Quarante ans d’engagement, une dynamique toujours en mouvement
De la réforme des lois à la transformation des normes sociales, de la défense des droits socio-économiques à la participation politique, de la lutte contre les violences à la budgétisation sensible au genre, le parcours de l’ADFM témoigne d’une même volonté : agir sur les structures qui produisent les inégalités et créer les conditions d’une transformation durable.
Quarante ans après sa création, l’Association poursuit son engagement avec la même exigence : faire de l’égalité une réalité vécue, un principe inscrit dans les lois, une priorité des politiques publiques, une pratique institutionnelle et une valeur partagée par la société.
Son histoire est celle d’un combat collectif. Son présent est celui d’une mobilisation qui se renouvelle. Et son avenir reste guidé par une ambition : contribuer à construire un Maroc où toutes les femmes, dans leur diversité et partout sur le territoire, peuvent exercer pleinement leurs droits, leur liberté, leur autonomie et leur citoyenneté.
